L’entreprise est jugée au civil en Californie, poursuivie par 29 Etats fédérés pour avoir trompé les consommateurs et violé la loi fédérale sur la protection des mineurs, en exposant les jeunes utilisateurs à des contenus violents ou sexuels et à des risques d’addiction.
Par Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)
Publié le 19 août 2026 à 05h13, modifié le 19 août 2026 à 12h33
Lors d’une manifestation de familles dont les décès de proches seraient liés aux réseaux sociaux, devant le tribunal fédéral d’Oakland (Californie), le jour du procès contre Meta, le 18 août 2026. MANUEL ORBEGOZO/REUTERS
Arturo Béjar a travaillé pour Meta à ses débuts, mais cet expert chargé de la sécurité et de la protection des utilisateurs de Facebook a quitté l’entreprise en 2015 pour s’occuper de ses enfants après son divorce. Ces années-là, sa fille s’inscrit sur Instagram. Elle a 14 ans et, très vite, elle reçoit des avances sexuelles et des photos obscènes. « Tu l’as signalé ? », demande le père. « Il n’y avait pas de fonction pour cela », répond la fille. « Alors qu’as-tu fait ? » « Je l’ai bloqué », dit l’adolescente. « Cela m’a fait penser que quelque chose ne marchait pas et m’a donné envie de retourner chez Meta », a expliqué Arturo Béjar, qui était le premier témoin appelé à la barre lors du procès au civil de Meta, dont les débats ont commencé, mardi 18 août, à Oakland, dans la baie de San Francisco (Californie).
La firme fondée par Mark Zuckerberg, qui sera invité à témoigner, est accusée par 29 Etats fédérés d’avoir trompé les consommateurs, de leur avoir menti et d’avoir violé la loi fédérale sur la protection des enfants, qui interdit notamment d’ouvrir un compte sur les réseaux sociaux aux moins de 13 ans.
Le témoignage d’Arturo Béjar est édifiant, en tant que père et en tant qu’ancien cadre de Meta. C’est à travers l’expérience de sa fille que ce natif du Mexique remarque les dangers des réseaux sociaux, dont il était censé s’occuper. Elle tombe dans l’addiction, les préoccupations obsessionnelles sur son physique, mais le père dit s’en apercevoir toujours trop tard. Et au sein de l’entreprise, il comprend que Meta n’a pas pour priorité la sécurité. Le slogan de la société de Mark Zuckerberg, c’est « aller vite, casser les choses », rappelle Arturo Béjar. La pression est forte, en ces années de Covid-19, où l’application chinoise TikTok taille des croupières à Facebook et Instagram.
De retour chez Meta entre 2019 et 2021, Arturo Béjar constate que le mot « addiction » est interdit, tabou. Le terme qu’utilise l’entreprise pour qualifier le « dommage » (« harm ») qu’elle inflige à ses utilisateurs est « prévalence ». Un jargon qui mesure le pourcentage de contenus pornographiques, violents, de chantage… postés sur les plateformes. Les chiffres présentés publiquement par Meta sont dérisoires, de l’ordre de 0,05 %. Pas de quoi s’inquiéter. Sauf que cette mesure est trompeuse et donne, selon Arturo Béjar, « une fausse impression de sécurité ».
Comme l’a expliqué le témoin, le mal infligé devrait être mesuré en quantité de personnes exposées. Et là, les chiffres internes de Meta, qui décompte les « mauvaises expériences », sont catastrophiques selon une enquête interne de l’été 2021 : 19 % des jeunes de 13 à 15 ans ont été exposés au cours des sept jours passés à de la nudité, 12,8 % à de la violence, 10,8 % à du harcèlement en ligne. Des chiffres supérieurs à ceux enregistrés pour l’ensemble des utilisateurs toutes tranches d’âges confondues.
Arturo Béjar a expliqué comment il avait tenté de sensibiliser sa direction et Mark Zuckerberg, qu’il a rencontré « plus d’une centaine de fois » dans sa carrière. Il a envoyé un mémo expliquant que le mal infligé aux adolescents était des centaines de fois supérieur aux évaluations données par la « prévalence ».
Les quatre mensonges de Meta
Ainsi a commencé, mardi midi, la charge contre Meta, après que la vice-procureure de Californie, Megan O’Neill, a exposé les griefs du parquet contre la maison mère de Facebook et Instagram. « Meta a caché la vérité », a-t-elle accusé, expliquant aux jurés : « Si vous ne payez pas le produit, c’est vous le produit. Nos enfants sont le produit. » La magistrate a décrit ce qu’elle considère comme une quadruple stratégie : « Accrocher les utilisateurs, les retenir le plus longtemps possible, collecter leurs données et cacher la vérité au public. »
Une partie des informations furent révélées lors du scandale des « Facebook Files », ces documents publiés en 2021 par Frances Haugen, une ancienne salariée. Megan O’Neill a projeté aux jurés, en avant-goût, les e-mails les plus édifiants des dirigeants de Meta, notamment du patron d’Instagram, Adam Mosseri. « Le but global de notre entreprise est le temps passé par adolescent », écrit ce dernier en 2017. Dans des e-mails ultérieurs, des cadres de la société écrivent que « l’acquisition d’adolescents est une mission vitale pour le succès de l’entreprise » et notent que « les plus jeunes sont les meilleurs », en matière de taux de rétention. Les 10-12 ans sont qualifiés à cet égard de « spéciaux »,car ils ont le taux de rétention le plus élevé.
Meta, pourtant, affirme avoir interdit son application aux moins de 13 ans. Mais de 2012 à 2024, dans les quatre Etats meneurs dans les poursuites (Californie, Colorado, New Jersey et Kentucky), 9,7 millions d’adolescents se sont inscrits sur Instagram, dont 4,6 millions avaient moins de 13 ans. La vice-procureure a résumé les quatre mensonges, selon elle, de Meta : prétendre qu’Instagram et Facebook sont sûrs pour les enfants, que Meta ne conçoit pas ses modèles pour un usage compulsif, assurer que Meta met la priorité sur la sécurité plutôt que sur les profits – le groupe a réalisé sur les douze derniers mois 68 milliards de dollars (59 milliards d’euros) de bénéfices net pour 228 milliards de chiffre d’affaires, quasi uniquement publicitaire – et expliquer qu’elle n’accepte pas les enfants de moins de 13 ans.
Pugnacité de la défense
Il appartiendra aux débats, qui dureront six semaines, d’en apporter la preuve, et rien n’est acquis, comme l’a montré la pugnacité de l’avocat de Meta, Paul Schmidt. Dans son propos liminaire, il a expliqué qu’il n’y avait « pas de débat »concernant le fait que des adolescents peinaient à gérer leur temps sur les réseaux sociaux, que certains enfants de moins de 13 ans y avaient accès et que des personnes y postent des contenus négatifs.
Sauf que ce n’est pas vraiment l’objet du procès. Il n’y aura pas de témoignages d’enfants telle Kaley G. M., devenue addict à YouTube et Instagram, qui a fait condamner Meta à Los Angeles au printemps. Le procès n’est pas non plus celui des contenus postés sur les plateformes de Mark Zuckerberg, celui-ci ne pouvant en être tenu responsable en vertu de la loi américaine. La juge qui préside aux débats, Yvonne Gonzalez Rogers, l’a répété à plusieurs reprises dans cette première journée : « Meta ne peut pas être jugé responsable des contenus négatifs postés par des tiers. » Ce n’est pas non plus celui des algorithmes, ceux-ci pouvant relever des choix éditoriaux et donc de la liberté d’expression garantie par le premier amendement de la Constitution américaine.
L’enjeu est de savoir si Meta a trompé les consommateurs et volontairement exposé les enfants. L’avocat Paul Schmidt a donc énuméré toutes les mesures de sécurité et outils adoptés par la firme, vanté les millions de comptes supprimés en trois mois en 2022 pour appels à la haine, harcèlement ou violence. Il a nié qu’il y ait un consensus scientifique sur l’addiction des jeunes. Il a repris toute une série d’e-mails accablants pour l’entreprise présentés par la vice-procureure et cherché à démontrer que les citations avaient été sorties de leur contexte, qu’il était normal que les équipes débattent du coût que pouvait entraîner une mesure de sécurité. Il va chercher à donner une image dynamique, en montrant que la firme a réglé progressivement les problèmes.
L’entreprise a prétendu encourir plus de 1 400 milliards de dollars d’amende, soit l’équivalent de sa capitalisation boursière. L’accusation a dénoncé une intoxication et évoqué des chiffres bien moindres, de l’ordre de 200 milliards.
L’avis du jury n’est que consultatif et le dernier mot reviendra à la juge Yvonne Gonzalez Rogers. C’est elle qui, en 2021, a fait condamner Apple dans l’affaire Epic Games : la firme qui a conçu l’iPhone n’a pas été jugée en situation de monopole, mais elle a bel et bien dû démanteler ses clauses de « non-redirection », qui empêchaient les développeurs d’applications d’informer les utilisateurs sur les différentes méthodes de paiement à leur disposition. La magistrate a aussi présidé aux débats qui ont débouté, en mai, pour cause de prescription, Elon Musk dans son action intentée contre le fondateur de ChatGPT, Sam Altman, et Microsoft, qu’il accusait d’avoir détourné à leur profit la start-up d’intelligence artificielle.
Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)
Traduzione italiana
Meta, la società di Mark Zuckerberg, è accusata di prendere di mira i bambini e di minimizzare i pericoli di Instagram. L’azienda è stata citata in giudizio in un tribunale civile della California da 29 stati per aver ingannato i consumatori e violato le leggi federali sulla protezione dei minori, esponendo i giovani utenti a contenuti violenti e sessuali e al rischio di dipendenza.
Di Arnaud Leparmentier (corrispondente da San Francisco)
Arturo Béjar ha lavorato per Meta agli inizi della sua attività, ma questo esperto di sicurezza e protezione degli utenti di Facebook ha lasciato l’azienda nel 2015 per prendersi cura dei suoi figli dopo il divorzio. In quegli anni, sua figlia si è iscritta a Instagram. Aveva 14 anni e ben presto ha iniziato a ricevere avances sessuali e foto oscene. “L’hai segnalato?”, ha chiesto il padre. “Non c’era una funzione per farlo”, ha risposto la figlia. “Allora cosa hai fatto?”. “L’ho bloccato”, ha detto l’adolescente. “Mi ha fatto pensare che qualcosa non funzionasse e mi ha fatto venire voglia di tornare a Meta”, ha spiegato Arturo Béjar, il primo testimone chiamato a deporre nel processo civile contro Meta, iniziato martedì 18 agosto a Oakland, nella Bay Area di San Francisco, in California.
L’azienda fondata da Mark Zuckerberg, che sarà chiamato a testimoniare, è accusata da 29 stati di aver ingannato i consumatori, di aver mentito loro e di aver violato le leggi federali sulla protezione dei minori, che in particolare vietano ai bambini di età inferiore ai 13 anni di aprire account sui social media.
La testimonianza di Arturo Béjar è rivelatrice, sia come padre che come ex dirigente di Meta. È stata l’esperienza di sua figlia a far sì che questo messicano prendesse coscienza dei pericoli dei social media, che avrebbe dovuto gestire. La ragazza è caduta nella dipendenza e in una preoccupazione ossessiva per il suo aspetto, ma il padre afferma di essersene sempre accorto troppo tardi. E all’interno dell’azienda, aveva capito che la sicurezza di Meta non era una priorità. Lo slogan di Mark Zuckerberg è “vai veloce, rompi le cose”, sottolinea Arturo Béjar. La pressione è intensa in questi anni di Covid-19, con l’app cinese TikTok che sta dando filo da torcere a Facebook e Instagram.
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Tornato in Meta tra il 2019 e il 2021, Arturo Béjar ha osservato che la parola “dipendenza” era proibita, tabù. Il termine che l’azienda usa per descrivere il “danno” che infligge ai suoi utenti è “prevalenza”. Questo gergo misura la percentuale di contenuti pornografici, violenti, di ricatto e di altro genere pubblicati sulle piattaforme. Le cifre presentate pubblicamente da Meta sono irrisorie, intorno allo 0,05%. Niente di cui preoccuparsi. Se non fosse che questa misura è fuorviante e, secondo Arturo Béjar, dà “un falso senso di sicurezza”.
Come ha spiegato il testimone, il danno inflitto dovrebbe essere misurato dal numero di persone esposte. E in questo caso, i dati interni di Meta, che monitorano le “esperienze negative”, sono catastrofici, secondo un sondaggio interno dell’estate 2021: il 19% dei ragazzi tra i 13 e i 15 anni è stato esposto a nudità negli ultimi sette giorni, il 12,8% a contenuti violenti e il 10,8% a molestie online. Queste cifre sono superiori a quelle registrate per tutti gli utenti di tutte le fasce d’età.
Arturo Béjar ha spiegato di aver cercato di sensibilizzare il suo management e Mark Zuckerberg, che ha incontrato “più di cento volte” nel corso della sua carriera. Ha inviato una nota in cui spiegava che il danno arrecato agli adolescenti era centinaia di volte maggiore rispetto alle stime sulla “prevalenza”.
Le quattro bugie di Meta
Così è iniziato, martedì a mezzogiorno, l’attacco contro Meta, dopo che il vice procuratore generale della California, Megan O’Neill, ha delineato le accuse mosse contro la società madre di Facebook e Instagram. “Meta ha nascosto la verità”, ha accusato, spiegando ai giurati: “Se non paghi per il prodotto, sei tu il prodotto. I nostri figli sono il prodotto”. Il giudice ha descritto quella che considera una strategia a quattro punte: “Agganciare gli utenti, tenerli il più a lungo possibile, raccogliere i loro dati e nascondere la verità al pubblico”. Alcune informazioni sono emerse durante lo scandalo “Facebook Files”, documenti pubblicati nel 2021 da Frances Haugen, un’ex dipendente. Megan O’Neill ha mostrato ai giurati, a titolo di anteprima, le email più rivelatrici dei dirigenti di Meta, incluso l’amministratore delegato di Instagram, Adam Mosseri. “L’obiettivo generale della nostra azienda è il tempo trascorso per ogni adolescente”, ha scritto nel 2017. In email successive, i dirigenti dell’azienda hanno scritto che “acquisire adolescenti è una missione vitale per il successo dell’azienda” e hanno osservato che “i più giovani sono i migliori” in termini di tassi di fidelizzazione. I ragazzi tra i 10 e i 12 anni sono stati descritti come “speciali” a questo proposito, poiché avevano il tasso di fidelizzazione più alto. Meta, tuttavia, afferma di aver vietato la sua app ai minori di 13 anni. Ma dal 2012 al 2024, nei quattro stati che hanno intentato le cause (California, Colorado, New Jersey e Kentucky), 9,7 milioni di adolescenti si sono iscritti a Instagram, di cui 4,6 milioni avevano meno di 13 anni.
Il vice procuratore ha riassunto quelle che ha definito le quattro menzogne di Meta: affermare che Instagram e Facebook siano sicuri per i bambini, che Meta non progetti i suoi modelli per un utilizzo compulsivo, asserire che Meta dia priorità alla sicurezza rispetto ai profitti (l’azienda ha generato 68 miliardi di dollari (59 miliardi di euro) di utile netto su 228 miliardi di dollari di fatturato negli ultimi dodici mesi, quasi interamente dalla pubblicità) e spiegare che non accetta minori di 13 anni.
La tenacia della difesa
Il processo, della durata di sei settimane, servirà a verificare se queste menzogne siano provate, e nulla è certo, come dimostra la tenacia dell’avvocato di Meta, Paul Schmidt. Nella sua dichiarazione di apertura, ha spiegato che non c’è “alcun dibattito” sul fatto che gli adolescenti fatichino a gestire il tempo sui social media, che alcuni minori di 13 anni vi abbiano accesso e che le persone pubblichino contenuti negativi.
Solo che questo non è il vero fulcro del processo. Non ci saranno testimonianze di bambini come Kaley G.M., che è diventata dipendente da YouTube e Instagram e che ha intentato con successo una causa contro Meta a Los Angeles questa primavera. Né il processo riguarda i contenuti pubblicati sulle piattaforme di Mark Zuckerberg, poiché non può esserne ritenuto responsabile secondo la legge americana. Il giudice presidente, Yvonne Gonzalez Rogers, lo ha ribadito più volte il primo giorno: “Meta non può essere ritenuta responsabile per i contenuti negativi pubblicati da terzi”. “Non sono gli algoritmi ad essere in torto, poiché questi possono essere influenzati da scelte editoriali e quindi rientrano nella libertà di espressione garantita dal Primo Emendamento della Costituzione degli Stati Uniti.
La questione chiave è se Meta abbia ingannato i consumatori e consapevolmente esposto i minori. L’avvocato Paul Schmidt ha elencato tutte le misure e gli strumenti di sicurezza adottati dall’azienda, vantandosi dei milioni di account cancellati in tre mesi nel 2022 per incitamento all’odio, molestie o violenza. Ha negato che esista un consenso scientifico sulla dipendenza dei giovani. Ha esaminato una serie di e-mail compromettenti per l’azienda, presentate dal vice procuratore, e ha cercato di dimostrare che le citazioni erano state estrapolate dal contesto e che era normale per i team discutere dei potenziali costi di una misura di sicurezza. Cercherà di presentare un’immagine dinamica, mostrando che l’azienda ha progressivamente affrontato i problemi.” L’azienda ha affermato di dover affrontare multe superiori a 1.400 miliardi di dollari, equivalenti alla sua capitalizzazione di mercato. L’accusa ha denunciato queste affermazioni come disinformazione e ha citato cifre molto inferiori, nell’ordine dei 200 miliardi di dollari. Il parere della giuria è solo consultivo e la decisione finale spetta al giudice Yvonne Gonzalez Rogers. È stata lei, nel 2021, a pronunciarsi contro Apple nel caso Epic Games: l’azienda produttrice dell’iPhone non è stata ritenuta colpevole di operare in regime di monopolio, ma ha dovuto smantellare le sue clausole di “divieto di reindirizzamento”, che impedivano agli sviluppatori di app di informare gli utenti sui vari metodi di pagamento disponibili. Il giudice ha anche presieduto le udienze che, a maggio, hanno respinto la causa intentata da Elon Musk contro il fondatore di ChatGPT, Sam Altman, e Microsoft, accusati di appropriazione indebita della startup di intelligenza artificiale, a causa della prescrizione.



